Alors que le concert de Metz est malheureusement annulé, les six garçons d'Hangar se rendent à Freyming-Merlebach pour un showcase exceptionnel. Pendant les balances, l'un des guitaristes reprend un tube des Stones, sous le bon regard des cinq autres. Comment ne pas aimer ces mecs? Après un show d'une heure pour le moins privé, une cinquantaine de personnes présentes, nous rencontrons trois d'entre eux.
Liv: Alors, racontez-nous comment vous vous êtes rencontrés.
Antonin: En fait si tu veux c'est une rencontre de plusieurs petits groupes locaux de chez nous. Romain et Florent, les deux guitaristes, et Nicolas, le bassiste (qui est mon voisin), avaient un groupe ensemble. Pierre-Marie et Béru faisaient partie d'un autre, et moi d'un autre encore. Je connais Béru depuis le primaire. En fait, ce sont de vieilles histoires qui se croisent. Et la fête de la musique réunit un peu les gens, tu vois. Sur scène, je passais juste après Romain. Je l'ai rencontré en backstage, on a rigolé un peu, et le lendemain, on se revoyait. Moi j'avais un hangar, au bord de l'eau. Un jour, je les vois arriver par la plage, et Romain me dit "on a besoin d'un chanteur". J'ai tout de suite dit "ok". Et petit à petit ça s'est fait, c'est parti de là. La rencontre s'est faite chez nous, dans le Sud-Ouest. On a été amené à se rencontrer, tu sais, c'est un endroit ou il n'y a pas vraiment beaucoup de monde.
Liv: Comment est-ce que vous êtes arrivés là où vous en êtes aujourd'hui?
Antonin: il y a eu beaucoup de choses. D'abord, si tu veux, on est parti du hangar à la pointe du Cap Ferret. C'est comme un bout du monde, on était au bout de la pointe. On a commencé a "remonter", on est partis de notre hangar pour aller au bar le plus proche qui s'appelle le 44; c'est un petit bar de chez nous. On a commencé à y faire pleins de concert. Puis on a continué à en faire autour de chez nous, dans la presque-île, autour du bassin (d'Arcachon). Ensuite, on est allé à Bordeaux, la grande ville la plus proche et on a commencé à faire vachement de bruit dans la région. Des années plus tard, on avait déjà fait beaucoup de concerts, des centaines et des centaines, mais on s'était toujours produits tous seuls. Et puis un jour , une maison de disque, Roy Music d'Olivier Chini, a entendu parler de nous, ça a fait un buzz sur Myspace et il nous a fait signer notre premier contrat, pour jouer à Paris. Ça s'est enchaîné, et voilà ou on en est.
Liv: Pourquoi avoir décidé de chanter en français, alors que tous les jeunes groupes de maintenant se mettent à l'anglais?
Antonin: C'est le français qui nous à choisi. Chez nous, on est le seul groupe, et mine de rien on a grandi dans un endroit un peu protégé, abrité…
Liv: Donc ça s'est imposé à vous…
Florent: Le problème c'est que, si maintenant, comme tu dis, tous les groupes s'amusent à chanter en anglais, c'est fini pour la langue française, tu vois c'que j'veux dire… Tu peux plus t'exprimer.
Antonin: Voila, avec le français, on peut exprimer des choses que l'on ressent profondément, on peut jouer avec les mots… Après c'est aussi devenu une affaire de volonté. Au début c'était naturel chez nous. À la base, on s'est mis à raconter des histoires de chez nous, en parlant à des gens du coin. Donc on parlait en français parce qu'on le voulait, et parce que c'était plus facile pour nous. On avait vraiment envie de parler aux gens qui venaient à nos concerts. On voulait qu'ils entendent vraiment le fond de notre pensée et le fond des choses. C'était également le meilleur moyen de réunir des gens. Je respecte les groupes qui chantent en anglais, mais c'est un peu dommage. Le français c'est quand même très beau. C'est aussi pour rendre hommage à tous ceux qui ont chanté en français avant nous.
Liv: Après l'incendie qui a ravagé le hangar, Antonin s'est écrié "Le hangar est mort, vive Hangar!". C'est devenu votre slogan?
Antonin: Le hangar est mort, vive Hangar, c'est comme "Le roi est mort, vive le roi!". C'est une manière de ne pas se laisser abattre. Je vais te dire, on n'était pas abattu. C'est violent ce qui nous est arrivé. Moi j'étais dedans, donc j'ai vu le truc de très près, mais c'est une manière de dire qu'on en est sorti bien plus fort. Tu vois, on était hyper attaché à notre hangar, c'était notre instrument principal et on l'a perdu . Et ce que le feu ne tue pas, le rend plus fort. C'est Oscar Wilde qui disait ça, d'une autre façon certes, et c'est quelque chose qui est vrai. Cette histoire nous a vachement rapproché, on s'est senti un nouveau départ tu vois. On s'était dit que maintenant qu'on avait plus le hangar, on était obligé d'aller sur la route et d'y aller à fond quoi. Finalement, il s'est passé quelque chose qu'on peut traduire de positif. On ne s'est pas laissé atteindre.
Liv: Sur scène, tu as dis quelque chose qui ressemblait à "C'est grâce à elle qu'on est là, Paola". Prénom qu'on entend également dans une de vos chansons ("Antonin"). Mais, c'est qui cette Paola?
Antonin: Je pars d'une histoire qui est personnelle en fait, mais je n'ai pas voulu révéler la véritable identité. Je ne connaissais pas de Paola. Cette Paola, c'est aussi une manière de rendre hommage à nos muses, celles qui me donnent envie d'écrire. Tu vois, il y a quand même un truc entre l'homme et la femme en général, et les déclencheurs pour moi ce sont pleins d'écrivains, de peintres, ou autres. C'est également une manière de rendre hommage à ça. Dans cette chanson, il y a du second degré. Elle est très "Hangar" parce que je pars d'un truc simple, je mets de l'humour dedans. C'est jamais trash, c'est rendre hommage, et c'est jouer avec les mots. Mais Paola, c'est quelqu'un qui compte beaucoup. C'est même le logo du groupe sur le CD, dessiné par les soins de ma soeur. Paola, c'est une muse, c'est notre muse.
Liv: Quelles sont vos influences musicales? A part les Stones, qui je sais est l'un de vos groupes préféré?
Romain: Il faut écouter un disque qui s'appelle Exile On Main Street…
Liv: Oui, c'est sûrement leur meilleur album, effectivement.
Antonin: Il y a beaucoup d'influences. Les Stones, c'était vraiment le ciment du groupe, c'est un peu le truc qui nous réuni. On est tous d'accord sur les Stones. Si on met le disque des Stones dans la voiture, en général tout le monde est d'accord, sauf notre bassiste qui tire un peu la gueule. Les Stones, c'est vraiment une influence majeure. Après chacun en a des plus personnelles. Moi par exemple il y a aussi Leonard Cohen, Cat Stevens, les Doors, Renaud, Georges Moustaki…
Florent: Moi j'aime beaucoup Brigitte Fontaine par exemple…
Antonin: Après je me souviens qu'en CM1, le prof apprenait la guitare à ceux qui le voulaient, et ils nous a appris des grands classiques français: Georges Brassens, Léo Ferré… et c'est vrai que ça aussi ça m'a vraiment beaucoup influencé. C'est ce qui m'a donné envie d'écrire des chansons.
Liv: Quelqu'un avec qui vous aimeriez partager une scène?
Antonin: Avec toi. T'as une guitare, t'as une voix, moi j'te suis. J'aimerai partager une scène avec n'importe qui, et pas qu'avec des musiciens reconnus. je fais de la musique aussi pour la spontanéité. Pour ces choses là, je calcule pas. Par contre il est vrai qu'on a eu la chance de jouer avec -M-. Donc avec n'importe qui d'un peu fou et de motivé.
| Antonin et Romain |
| De gauche à droite: Florent, Béru, Moi, Antonin, Romain, Pierre-Marie et Nico |